C’est un roman qui se passe à une époque indéterminée sous l’ancien régime, à l’extrémité de la Bretagne, en cette île de Sein mystérieuse qu’ont voit en mer au loin de la pointe du Raz. Là, sur ce rocher plat, sans un arbre, sauvage, battu par les vents et toujours menacé par les assauts de la mer furieuse, vivent quelques familles de pêcheurs exilés du monde, pilleurs d’épaves, ennemis des côtiers, durs, superstitieux, violents, et qui n’y regardent pas, pour s’attirer l’aubaine d’un naufrage, à allumer quelque feu trompeur sur la côte, une nuit de tempête….
Comment la pauvre église qui domine le village est seule capable de retenir dans l’humanité ces enfants perdus, comment leur âme menacée de ruine dépend de la religion chrétienne administrée par leur curé, c’est ce qu’on voit quand aucun prêtre n’est plus désigné par l’évêque de Quimper pour ce poste maudit, faute de candidat.
L’ile est abandonnée! Alors le sacristain, un simple pêcheur, prend la releve. Par la force des choses, peu à peu, et poussé par le village entier, il célèbre quelques cérémonies urgentes, s’installe à la cure, est contraint de confesser, de donner les sacrements aux mourants et finit par dire régulièrement la messe. Mieux, il trouve les accents qui exaltent la foi des habitants de l’ile. Usurpation hérésiarque que l’autorité ecclésiastique finit par régulariser et consacrer en dépit de l’ignorance du titulaire qui a essayé en vain de passer les examens nécessaires.
L’atmosphère d’ile perdue dans les brumes et le vent, les évocations de cœurs primitifs où voisinent le crime et la grandeur, la nécessité puissante par quoi la religion s’impose comme part constitutive et indispensable de l’âme humaine, le style dans lequel Henri Queffelec conduit son récit hallucinant font du Recteur de l’île de Sein, un livre d’un intérêt exceptionnel:
Sous le titre « Dieu a besoin des hommes », un grand film a été tiré de ce roman.