La parution de L’Art religieux du XIIIe siecle, en 1898, a constitue un tournant decisif a la fois dans l’histoire de l’art et dans les etudes medievales. Emile Male (1862-1954) y proposait en effet une methode alors tres nouvelle, fondee sur la mise en relation du langage des formes avec leurs sources d’inspiration. Partant de l’idee que le christianisme du Moyen Age a concu l’art comme une predication muette , c’est-a-dire comme une traduction des verites de la foi, il entreprend de mettre systematiquement en rapport l’iconographie et les grands textes (scripturaires, exegetiques, theologiques, hagiographiques, etc.) qui lui ont servi de programme. Emile Male construit lui-meme son ouvrage sur un modele medieval, le Speculum Majus de Vincent de Beauvais ( 1264), sorte d’encyclopedie du savoir de l’epoque commandee par Saint Louis. Il en reprend la division en quatre Miroirs (Miroirs de la nature, de la science, de l’histoire, de la morale), confrontant leurs thematiques avec les sculptures de Chartres ou d’Amiens, les vitraux de Bourges ou du Mans, ou encore les livres enlumines. Ecrit avec talent, fourmillant d’informations, l’ouvrage constitue une magnifique synthese de l’art du XIIIe siecle en France.