Qui ne connaît au moins le nom de Marco Polo? On sait qu’il fut un grand voyageur, qu’il a arpenté l’Asie et notamment la Chine. On se souvient même parfois qu’il en a rapporté une description célèbre et très détaillée – qui fut lue et annotée deux siècles plus tard par un autre explorateur illustre, le Gênois Christophe Colomb. Car il s’agit bien d’une description des merveilles qu’il a découvertes et qui l’ont fasciné au cours de son long périple de près d’un quart de siècle, plutôt que d’un récit de ses mésaventures et de ses émotions. A elles seules, la genèse et l’histoire de ce récit méritent qu’on s’y arrête. La genèse d’abord. En 1264, Nicolo et Mafeo, deux frères, négociants, quittent Venise pour une expédition sur le continent asiatique, ce qui est déjà une première en soi, qui les entraînera beaucoup plus loin qu’ils ne le projetaient (la cour de, l’empereur de Chine) et durera plus longtemps aussi (15 ans). A son retour, Nicolo ne retrouve pas sa femme, qu’il a quittée enceinte et qui est décédée depuis, mais un fils de 15 ans. Sans avoir fait d’études, celui-ci se destine à devenir négociant pour suivre la tradition familiale. Les deux frères l’emmènent avec eux, quand ils repartent en Chine l’année suivante. Et là aura lieu, pour le jeune Marco Polo, une première rencontre fondamentale, celle du suzerain des deux tiers de l’Asie, le Grand Kahn Qoubilaï, dont il conquiert la faveur et qui l’enverra en mission à travers son vaste empire, dix-sept ans durant. La seconde rencontre fondamentale aura lieu en 1298 : Marco Polo prisonnier à Gênes, à la suite d’une bataille navale, a pour compagnon de cellule, un auteur de romans de chevalerie, qui lui prêtera sa plume, pour transcrire ses récits, en français.